Trouve ta voix !

Trouve ta voix !

À la bonne personne tu t’exprimeras :

Je connais des auteurices qui grincent déjà des dents. La bataille entre les tenants du récit à la première personne et leurs rivaux de la troisième personne fait rage. C’est plus qu’une simple querelle de chapelle, c’est une guerre ancestrale et sacrée qui oppose deux factions assoiffées de pouvoir et de sang et… Ok… C’était bizarre… Je pense que mes vitamines commencent à faire effet. Un peu moins d’épique, please…

Je disais donc, que l’on peut écrire un récit à différentes personnes : 1ère (Je-Nous), 2ème (Tu-Vous) et 3ème (Il.s-Elle.s-On). Je te vois déjà grimacer quand tu vois récit à la 2ème personne mais c’est un vrai truc, je te jure.

Le récit à la première personne

Ce type de récit est pratiquement la norme dans la littérature actuelle. Je dirais qu’entre l’essor de l’autobiographie, de l’autofiction, de la littérature Young Adult et du Own Voice le récit à la première personne est le marqueur de la littérature du XXIème siècle. Après, je ne suis pas historienne de la littérature mais ça me semble une bonne piste à creuser.

Objectivement, ce type de récit est considéré comme le plus « naturel » en ce qu’il se rapproche au plus près des racines du récit : le conte oral. Après tout, qu’est-ce qu’une histoire si ce n’est raconter ce qui nous est arrivé à quelqu’un ? La 1ère personne permet de se tenir au plus près du personnage principal, de le connaître en profondeur, d’observer en temps réel son évolution et la fluctuation de ses pensées. Quoi de plus immersif que de voir le monde à travers ses yeux ?

À titre personnel, il a fallu la lecture de rien de moins que l’excellentissime TJ Klune (dont je recommande Les Contes de Verania) pour apprendre à apprécier les récits à la 1ère personne. J’ai toujours préféré le récit à la 3ème personne et le narrateur omniscient parce que j’aime passer d’un personnage à l’autre et confronter les points de vue.

Le récit à la troisième personne

C’est le récit « classique » au sens « grands romans du XIXème siècle ». La variable se situe au niveau du type de narrateur choisi : omniscient ou interne. La 3ème personne donne au narrateur la position d’observateur. Plutôt que de vivre les événements de l’intérieur, on se situe plutôt de l’extérieur, comme une caméra qui suivrait l’histoire. Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas possible d’accéder aux pensées intimes des personnages. Elles seront exprimées dans la narration au discours indirect libre ou façon Virginia Woolf avec un bon stream of conciousness.

Ce que j’apprécie avec le récit à la 3ème personne, c’est qu’on peut sauter d’une scène à l’autre sans que le ou les personnages principaux ne soient présents. Ça permet également de construire des intrigues parallèles.

Le récit à la deuxième personne.

Oui, ça existe. C’est encore au stade expérimental dans le roman mais globalement ça se fait. La/le lecteur.ice est le personnage du roman et le narrateur s’adresse à elle/lui directement. Je ne suis pas experte en la matière mais la démarche est pertinente dans ces « livres dont vous êtes le héros », dans le jeu de rôle ou dans le jeu-vidéo. Pour le reste, que celles et ceux qui veulent entrer dans les manuels de français se fassent plaisir, moi je trouve ça boring et j’aime pas trop qu’on me donne des ordres… Mais on s’égare.

Choisis ta voix !

Si tu es bloqué.e dans l’écriture de ton histoire, c’est peut-être le moment de te demander si tu as choisi la bonne personne pour la raconter. Si le point de vue d’un seul personnage est assez intéressant pour porter l’histoire du début à la fin, privilégie la 2ème personne. Tu auras plus de facilité à construire le récit, à avancer dans l’écriture et à arriver au bout de ton histoire. Parce qu’avec un point de vue resserré et l’intériorité d’un seul personnage à gérer, c’est moins casse-gueule que de se lancer dans une histoire à points de vue multiples et à sous-intrigues à se donner des nœuds au cerveau.

En plus, rien ne t’empêche de consacrer par la suite un roman ou une nouvelle à un autre personnage du même univers. Ou à utiliser la technique que je n’aime pas du tout du changement de narrateur d’un chapitre à l’autre. Ça ne veut pas dire que c’est mal de le faire, de grands auteurs le font : va lire la trilogie de Tomi Adeyemi Legacy of Orïsha, c’est sublime. Ce qui me dérange, c’est que si tu fais du récit à la 2ème personne avec plusieurs narrateurs, c’est se compliquer la tâche inutilement : écris à la 3ème personne, au moins tu auras plusieurs voix mais un seul narrateur.

Et puisqu’on parle de 3ème personne : les possibles sont infinis tout comme les façons de merder sévère. Faisons une liste non-exhaustive des guet-apens de la 3ème personne :

  • Wesh, y’a trop de personnages, on comprend rien (critique que j’ai reçue et à laquelle je réponds : « Euh… Game of Thrones cousine ? ») Après, tu peux tout faire tant que tu maîtrises et que tu ne sors pas tes lecteur.ices du récit à coup de pied-de-biche. Si j’ai reçu cette critique, c’est que je manquais de maîtrise, mea culpa.
  • Le « head-hopping » : à force de sauter d’un point de vue à l’autre, on donne la migraine aux lecteur.ices. Mais le problème n’est pas de sauter d’un point de vue à l’autre, ça c’est ok. Le problème c’est de le faire au milieu d’une phrase, d’un paragraphe ou d’une scène. Alors oui, je le fais souvent au milieu d’une scène mais uniquement lorsque les perceptions de ce qui se passe sont diamétralement opposées pour les deux personnages. Ce qui compte c’est de le faire consciemment et de le faire bien !
  • Intrigues, sous-intrigues, sous-sous-intrigues, calm down bro ! La tentation est grande de faire un récit choral et épique mais la maîtrise avant tout (cf. Commence par un one-shot ! )
  • Mixer les narrateurs : tu commences en interne, tu t’égares en omniscient, faut rester constant.e !
  • Mixer les personnes… ouais, y’a des lourdauds qui en sont capables mais normalement, à la relecture même le plus noob des noobs devrait se rendre compte que y’a un souci.

En conclusion les darlings, il n’y a pas de mode d’emploi pour bien écrire parce que franchement, c’est subjectif. L’important, c’est d’utiliser correctement les outils à sa disposition pour créer l’effet désiré chez les lecteur.ices. Les questions que tu dois te poser sont : qu’est-ce que je veux susciter comme émotion ? À quoi sert cette scène ? Pourquoi je l’ai placée à cet endroit ? Qu’est-ce qu’elle apporte comme information ? Pourquoi j’ai choisi le point de vue de ce personnage et pas un autre ?

Ce qui nous emmène à la troisième partie de ce débogage : Cast ton personnage ! Bientôt en ligne !

With love ♥

I.H.

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