Connais-toi, toi-même !

L’auteur.e ou aspirant.e auteur.e est souvent en quête de trucs et astuces pour peaufiner son art. Entre les articles de blog (hey salut toi !), les vidéos, les podcasts et les livres dédiés à l’écriture, on trouve à peu près tout et son contraire en termes de « méthode d’écriture » et autres recettes miracles pour écrire un bon livre. Ci-gisent vos rêves mes petits padawans : aucune méthode n’est efficace.

Ci-gisent vos rêves mes petits padawans.

Je vous laisse absorber l’information.

Je m’explique.

Tu peux être le/la parfait.e petit.e étudiant.e aux fiches bristol et surligneurs multicolores, appliquer à la lettre les conseils que de grands noms te donnent (je ne m’inclus pas dedans, hélas, mais j’y travaille) et sortir un livre claqué au sol que personne ne veut lire. Et c’est pas grave parce que des daubes internationales deviennent des best-sellers mondiaux, des chefs-d’œuvres sont totalement ignorés et parfois, oui, parfois seulement, de bons livres rencontrent le succès qu’ils méritent (gloire à eux !)

Une œuvre est toujours subjective et aura toujours des détracteurs. Fais tout de suite le deuil de l’unanimité, ça n’existe pas.

L’autre raison pour laquelle une méthode d’écriture peut ne pas être applicable est que chaque auteur.e  est différent. Le processus créatif varie d’un individu à l’autre et vouloir en tirer une règle générale n’a aucun sens.

Si vous êtes toujours là malgré tout, c’est qu’un feu divin vous anime et que vous souhaitez vraiment savoir comment level up et seuls les persévérant.e.s boiront au calice de sagesse (insérer un rire diabolique).

Le secret réside en cette célèbre citation « Connais-toi toi-même » que l’on attribue à Socrate mais qui était plutôt gravée sur le frontispice du temple de Delphes.

En effet, la meilleure façon de progresser dans son approche de l’écriture, c’est déjà de savoir comment fonctionne notre propre processus créatif. Parce que le murmure des muses à son oreille c’est cool, mais l’écriture c’est avant tout de la sueur et des larmes (demandez à Balzac et Hugo).

Parmi la foultitude d’écrivain.e.s, deux types ressortent, nos fameux Architectes et Jardiniers. Ces deux types d’auteur.e fonctionnent de manière totalement différentes et devront appliquer des outils distincts pour avancer dans l’écriture.

Les Architectes :

Les Architectes ou structuraux ou outliners sont des planificateurs. Iels ne commencent à rédiger qu’une fois que tout est carré dans leur tête. Tu sais que t’es un Architecte si tu fais des fiches personnages, des planisphères, des plans, des frises chronologiques et des cartes mentales. Tu as probablement des stylos de toutes les couleurs, des surligneurs, des classeurs avec des intercalaires et à peu près soixante-dix-huit carnets de notes (remplis) dans un bac en plastique sous ton lit.

En gros, t’as fait un plan de la maison avant de la construire et tu connais ta bâtisse jusqu’au câblage qui court dans les murs.

L’avantage d’être un.e Architecte, c’est que les méthodes d’écriture vont, dans l’ensemble, marcher pour toi et que tu rédigeras ton roman à la vitesse de la lumière. L’inconvénient, c’est que tu vas te taper la tête contre les murs pendant des mois avant d’avoir ficelé ton intrigue.

Personnes en train de paniquer dans un bureau.

D’ailleurs, d’après Brian Sanderson, on reconnait un.e Architecte à la fin de son livre : tout concorde avec une satisfaction digne d’un tiroir rangé par Marie Kondo (j’ai totalement paraphrasé).

Si tu n’es pas un.e Architecte, tu es probablement un.e Jardinier (j’hésite à utiliser le terme Jardinière parce que je vais voir le truc suspendu au balcon et je ne sais pas si c’est dégradant pour la gente féminine mais moi j’ai du mal à m’imaginer en bac en plastique suspendu à une rambarde… Je digresse.)

Les Jardinier.ières :

Les Jardinier.ière.s ou scripturaux ou discovery writers sont les Jack Sparrow de l’écriture. Iels ont une image en tête, commencent à écrire et en creusant des situations ou des personnages, mettent en place une intrigue au fur et à mesure de l’écriture. Et c’est ensuite qu’ils retournent en arrière et font des révisions afin d’obtenir un ensemble cohérent. Tu sais que tu es un.e Jardinier.ière quand t’écris des pages et des pages de trucs, cheveux au vent, et que tu ne finis jamais rien parce que tu n’as aucune foutue idée de là où tu vas et que ça te déchire le cœur de retourner en arrière pour effacer des trucs et recommencer. D’ailleurs, tu as écrit au moins six versions de la première moitié de ton roman sans jamais le terminer parce qu’à chaque fois tu avais une nouvelle idée trop cool qui t’as fait dériver. C’est ton don et ta malédiction.

L’avantage d’être un.e Jardinier.ière, c’est que des idées, tu en as, à foison et plus tu écris, plus tu en as. Ça s’appelle le syndrome de la pie, aussi connu sous le nom de « oh ! un papillon ».

Winnie l'ourson et un papillon.

Pour avancer, tu dois arrêter de changer de direction à chaque fois que tu vois un machin briller au loin. (J’ai pris un ton d’horoscope ou c’est moi ?) L’inconvénient, c’est que les méthodes d’écriture ne marcheront probablement pas pour toi. Sorry refré/sista/personne non-binaire.

En gros :

De mon humble avis, connaître ton profil d’écrivain.e. n’est pertinent que s’il te permet de comprendre ton processus créatif. Dans la vraie vie, il n’y a pas que « réfléchir avant d’agir » VS « le gun d’abord et le blabla après ». Les Architectes font des révisions de leur manuscrit et les Jardnier.ière.s réfléchissent avant d’écrire. La différence réside sur le moment où l’on explore les possibles narratifs soit c’est avant d’écrire, soit c’est pendant. Dans les deux cas, il faut s’accrocher pour arriver au bout de son histoire.

Moi je suis Architecte ascendant Jardinière (brr ce mot !), je planifie les grandes lignes et je découvre le détail lorsque j’écris. Et toi, t’es Architecte ou Jardinier.ière ?

With love mes darlings,

I.H.

Sources et références :

The Architect and the Gardener: George R. R. Martin on Writing Game of Thrones :

« J’ai toujours clamé haut et fort qu’il existe deux sortes d’auteurs. En simplifiant, il y a les architectes et les jardiniers. Les architectes créent des plans avant même d’enfoncer le premier clou, ils conçoivent toute la maison : l’emplacement des tuyaux et le nombre de chambres, la hauteur du toit. Ils ont tout prévu, contrairement aux jardiniers, lesquels estiment qu’il suffit de creuser un trou et semer la graine pour voir ce qui arrive. »

G.R.R. Martin

Traduction tirée du blog de Julien Hirt (bien que je ne sois pas d’accord avec son 3ème type d’auteur qui pour moi est une composante des deux autres puisque tout auteur révise et corrige son manuscrit) : https://julienhirtauteur.com/2018/07/18/les-trois-types-dauteurs/

Procrastination, S01 ep12 : structurels et scripturaux : https://soundcloud.com/elbakin-net/s01e12-structurels-et-scripturaux?in=elbakin-net/sets/procrastination

Brian Sanderson : Lecture 1 : Gardeners VS Architects : https://www.youtube.com/watch?v=glPLTNuhfxA

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